Haiti

Bill Clinton a eu pendant longtemps une très bonne image en Haïti. Puis est venu le séisme de 2010

Dix ans après le tremblement de terre dévastateur qui a frappé Haïti, l’ancien président Bill Clinton et son épouse, Hillary, l’ancienne secrétaire d’État américaine, se voient systématiquement attribués dans certains milieux les rôles des méchants dans la lutte continue du pays pour se redresser et dans les promesses non tenues de l’assistance internationale pour sortir le pays ravagé de la pauvreté.

C’est quasiment un fait entendu pour de nombreux Haïtiens que les Clinton ont en quelque sorte siphonné des milliards de dollars destinés à aider à déblayer et reconstruire le pays. Le récit — couplé à des allégations selon lesquelles la Fondation Clinton aurait financièrement bénéficié de projets de développement au lendemain de la catastrophe du 12 janvier 2010 — a été colporté par des avocats anti-corruption en Haïti exigeant un audit par des experts du gouvernement, et a trouvé son chemin jusque dans l’élection présidentielle américaine de 2016: le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump a promu l’assertion non fondée alors qu’il tentait de convaincre un électorat américano-haïtien frustré, de le choisir plutôt que sa concurrente démocrate Hillary Clinton.

Aujourd’hui, à l’approche du 10e anniversaire du catastrophique séisme, Bill Clinton s’est ouvert pour la première fois sur ses échecs en Haïti — une tache sur le bilan d’un ancien président qui y avait défendu la démocratie et était le visage des efforts internationaux de relance. alors qu’il s’engageait à aider Haïti à “reconstruire mieux”.

Dans une vaste interview avec le Miami Herald dans les bureaux New Yorkais de sa Fondation, un Clinton consterné a démenti des accusations de dons volés et s’est penché sur sa relation compliquée avec Haïti, à la fois en tant qu’envoyé spécial de l’ONU transformé en grand manitou de la reconstruction, et à travers les actions de la Clinton Global Initiative, de la Fondation Clinton et du Clinton-Bush Haiti Fund que lui et l’ancien président George W. Bush ont co-présidé pour recueillir des fonds après le séisme.

“Beaucoup de gens semblent penser que notre groupe, la commission de reconstruction, recevait de l’argent. Ce n’était pas le cas.”, a déclaré Clinton, qui a co-présidé, avec le Premier ministre d’Haïti, Jean Max Bellerive, la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti. “Nous n’avons jamais pris de dons.”

Groupe consultatif avec un mandat de 18 mois, le panel soutenu par les États-Unis a été créé par le gouvernement haïtien pour accélérer la reconstruction en veillant à ce que les efforts des donateurs, qu’ils soient des gouvernements étrangers, des organisations non gouvernementales et des entreprises soient alignés sur le plan de développement du gouvernement haïtien. Siégeaient au sein de la commission tous les donateurs qui avaient promis au moins 100 millions de dollars, plus Cuba et le Venezuela avec le statut d’observateurs, et 12 citoyens Haïtiens représentant divers secteurs de la société.

“C’était la première fois, a déclaré Clinton, que des Haïtiens de tous les principaux secteurs de la société avaient la chance de vraiment de travailler avec la communauté internationale.” “C’était un processus vraiment lourd, mais il était totalement transparent et nous avons effectué un suivi rigoureux de qui a financé quoi, qui a reçu de l’argent, et nous avons effectué un audit après action pour chacun d’eux”, a déclaré Clinton à propos de la commission dont le mandat a pris fin le 21 octobre 2011. “C’est avéré, tout a été dument consigné.”

Mais en Haïti, beaucoup font porter le chapeau à la commission et à celui qui la dirigeait — Clinton.

Mais au fur et à mesure que les années passent après le séisme, l’échec de la commission à tenir la promesse de la communauté internationale d’une meilleure reconstruction et de logements publics gratuits pour les Haïtiens devient le point focal du débat sur sur ce qui est arrivé à toute l’aide promise.

En Haïti, beaucoup rejettent la faute sur la commission et l’homme à la tête de celle-ci — Clinton. Le fait est que 10 ans après, il n’existe pas de comptabilité claire sur la part des 10,77 milliards de dollars promis par les donateurs entre 2010 et 2020 pour la reconstruction.

Une récente mise à jour des Nations Unies a permis de cerner une partie du problème. La Banque mondiale, par exemple, avait espéré superviser une grande partie de son Fonds de reconstruction d’Haïti, mais a fini par amasser seulement 411,40 millions de dollars de dons, soit environ un quart de son objectif initial de 1,5 à 2 milliards de dollars.

An analysis of Dr. Paul Farmer's UN office on the money pledged by donors after Haiti's Jan. 12, 2010 earth... by Miami Herald on Scribd

La commission n’étant plus active après sa dissolution sous le président haïtien Michel Martelly en 2011, on ne sait toujours pas combien il reste, étant donné que personne n’a poussé les donateurs à payer.

“Je savais ce qui allait se passer, et ce qui devait arriver arriva”, a déclaré Clinton à propos de la décision du gouvernement d’Haïti de ne pas renouveler le mandat de la commission et ainsi ne pas lui permettre de d’évoluer vers une véritable agence de développement haïtienne. “Cela a ralenti la volonté des donateurs d’honorer leurs engagements et les a probablement rendus encore plus déterminés à contrôler la façon dont l’argent a été dépensé. Tout ça est après que je sois déjà parti.”

Le president haitien Rene Preval marche avec les anciens presidents George W. Bush and BIll Clinton en mars 2010 apres le seisme.
Le president haitien Rene Preval marche avec les anciens presidents George W. Bush and BIll Clinton en mars 2010 apres le seisme. CHARLES TRAINOR JR. Miami Herald Staff

Les seuls fonds qu’il contrôlaient étaient scrupuleusement suivis et documentés, a déclaré Clinton. La Fondation Clinton et le Haiti Action Network, dirigé par le milliardaire irlandais Denis O’Brien, ont recueilli plus de 500 millions de dollars. “Tout cet argent a été documenté; 100% de ce montant est allé à Haïti et a été utilisé pour aider à créer de nouvelles entreprises” , a déclaré Clinton. “Nous n’avons même jamais pris de frais administratifs pour tout ce que nous avons fait pour cela. J’ai tout financé sur la fondation.”

La Fondation Clinton a déclaré que les engagements des membres ont permis l’accès aux marchés à plus de 65 000 agriculteurs haïtiens; 19,2 millions de dollars ont été investis dans des petites et moyennes entreprises, et des milliers d’Haïtiens ont trouvé un emploi grâce aux investissements de Timberland, NRG Energy et de détaillants internationaux comme West Elm, Urban Zen, TOMS et Home Goods.

Parmi les autres investissements, 150 écoles ont été construites à travers Haïti par O’Brien, fondateur et PDG de l’un des plus grands réseaux de téléphonie mobile des Caraïbes, Digicel. Mis au défi par Clinton de l’aider à relancer le secteur touristique stagnant du pays, O’Brien a construit un hôtel Marriott de 45 millions de dollars et de 175 chambres à Port-au-Prince et a également investi 12 millions de dollars de son propre argent dans la restauration du marché du fer détruit lors du séisme, un bâtiment vieux de 119 ans et attraction touristique majeure à Port-au-Prince.

Il s’est avéré que le marché, un bâtiment public, n’était pas assuré par l’État haïtien et a été à nouveau détruit par un incendie début 2018.

Peu de temps apres avoir ete nomme envoye special des Nations Unies, l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, visite un programme de nutrition a Cite Soleil.
Peu de temps apres avoir ete nomme envoye special des Nations Unies, l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, visite un programme de nutrition a Cite Soleil. Peter Andrew Bosch Miami Herald File

“En cours de route, nous avons connu quelques revers”, a déclaré Clinton. “Le marché en fer a brûlé et n’a jamais été correctement assuré. Et maintenant, à cause de tous les troubles intérieurs... nous ne savons pas encore si nous pourrons sauver le Marriott. Mais en termes de ce que nous avons fait, je pense que nous avons obtenu un assez bon score, levé beaucoup d’argent, créé beaucoup d’emplois, aidé beaucoup d’entreprises haïtiennes existantes à se développer et soutenu beaucoup d’ONG haïtiennes qui ont bien marchées. “

Tous ses efforts, y compris à travers son rôle de co-président du Clinton Bush Haiti Fund, qui a collecté 50 millions de dollars supplémentaires pour aider les entreprises, étaient réalisés avec un seul objectif en tête, a déclaré Clinton. “Nous essayions de construire Haïti à travers les Haïtiens. Je ne voulais pas que ce soit un travail extérieur. Je voulais que ce soit un travail intérieur”, a-t-il déclaré. “Et un grand nombre de personnes ont aidé, mais cela n’a pas suffit à surmonter les obstacles auto-érigés de tout ce dysfonctionnement politique qu’on voit dans les nouvelles.”

Le grand manitou de la reconstruction d’Haïti

Lorsque le tremblement de terre a frappé peu avant 17 heures un mardi après-midi, il n’existait aucun modèle ou plan en Haïti pour garantir que les donateurs étrangers et les ONG internationales, connus pour agir chacun de leur côté, suivraient et respecteraient les priorités du gouvernement haïtien pour reconstruire un pays qui avait subi des dommages estimés à 7,9 milliards de dollars, selon une évaluation des Nations Unies sur les besoins post-catastrophe.

Le président de l’époque, René Préval, a compris que s’il voulait que les États-Unis restent attachés à la reconstruction, il devait adopter un mécanisme de réception de l’aide avec lequel la Maison Blanche serait confortable. Sur le modèle d’un groupe similaire après le tsunami en Indonésie, où Clinton avait servi comme envoyé des Nations Unies, la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti a vu le jour et Clinton a été invité à la diriger.

L’ancien président des États-Unis Bill Clinton avec president haitien René Préval en févr 2010 apres le seisme.
L’ancien président des États-Unis Bill Clinton avec president haitien René Préval en févr 2010 apres le seisme. Javier Galeano AP

Le 42e président des États-Unis, Clinton n’était pas étranger à intervenir en Haïti. En tant que président, il a envoyé 20 000 soldats américains dans le pays en 1994 pour remettre au pouvoir le premier président démocratiquement élu, Jean-Bertrand Aristide, qui avait été destitué par une junte militaire.

En mai 2009, moins d’un an avant le tremblement de terre, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé à Clinton de devenir envoyé spécial des Nations Unies. Haïti venait d’être frappé par deux tempêtes tropicales et deux ouragans en moins de 30 jours et peinait à lever 1 milliard de dollars de la communauté internationale. Ban pensait que Clinton, avec son profil et ses antécédents en Haïti, pourrait inspirer la confiance des donateurs et attirer des investissements privés.

Clinton a accepté la demande de l’ONU tout comme il a accepté de co-présider le comité de rétablissement après le séisme. Il pensait, a-t-il dit, que la commission était le meilleur mécanisme pour éviter la duplication des projets par les donateurs et les convaincre que leur argent ne serait pas gaspillé.

“Nous avions besoin de dons à une échelle jamais atteinte auparavant et je pensais que pour cela, nous devions faire ce qui avait été fait en Indonésie”, a-t-il déclaré. “Ils ont dûment rendu compte de chaque montant affecté à l’effort de reconstruction. Quelle était la source, comment l’argent a été dépensé, c’est-à-dire qui l’a obtenu; et après avoir été dépensé, était-ce bien dépensé? Ces trois informations étaient accessibles au public dans le monde entier. C’est ce que je voulais faire.“

Mais si que la commission avait le pouvoir d’approuver les projets, elle n’avait aucun contrôle sur les fonds des donateurs. Ce contrôle incombait aux donateurs eux mêmes et au fonds d’affectation spéciale multidonateurs de la Banque mondiale, qui ne pouvaient être décaissés qu’à l’une des trois agences internationales: l’ONU, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Frustrés par la lenteur du processus après six mois d’existence de la commission, Clinton et Bellerive ont co-signés un éditorial dans le New York Times réprimandant la Banque mondiale et appelant tout le monde à une reprise des efforts pour faire mieux.

Contrairement à la commission, le fonds de la Banque mondiale ne comprenait qu’un seul Haïtien — le ministre des Finances du pays — et a eu du mal à convaincre les donateurs de verser leur argent au fonds de reconstruction pour payer des projets tel que l’enlèvement des 10 millions de mètres cubes de débris qui recouvraient les zones affectées par le séisme.

En plus des milliards promis par les gouvernements, des ONG internationales comme la Croix-Rouge américaine ont également collecté 3,07 milliards de dollars supplémentaires pour les secours humanitaires. Le Venezuela et des institutions financières basées à Washington comme la BID et le Fonds monétaire international ont également alloué un allégement de la dette à Haïti.

Récemment, le Bureau des Nations Unies du Dr Paul Farmer, qui a été conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies et représentant spécial adjoint de Clinton pour Haïti, a demandé aux donateurs de fournir des informations à jour sur leurs engagements.

Parmi les 10 principaux donateurs contactés, six, dont l’Agence américaine pour le développement international, dirigée alors par la secrétaire d’État Hillary Clinton, n’ont pas répondu.

En examinant les décaissements réalisés deux ans après le séisme, l’équipe de Farmer a constaté que plus de la moitié des 10,37 milliards de dollars promis pour la reconstruction et l’aide humanitaire pour 2010-2012 avaient été décaissés par des donateurs. Mais sur les 6,43 milliards de dollars de fonds, moins de 10% sont allés au gouvernement haïtien et encore moins, 0,6%, aux entreprises et ONG haïtiennes.

La majeure partie de l’argent est allée aux agences d’aide internationales, aux ONG et aux entreprises à but lucratif.

Malgré cela, Clinton pense que la commission représentait la meilleure chance qu’Haïti avait de changer la façon dont l’aide étrangère était fournie après ce qui a été décrit comme la pire catastrophe moderne de l’hémisphère.

Pour certains observateurs, la décision d’Haïti de supprimer la commission est intervenue à un moment critique et a laissé les efforts de reconstruction démunis face à des problèmes cruciaux tels que les titres de propriété foncière, les expulsions forcées ou la problématique d’un logement décent pour des milliers d’Haïtiens qui restent déplacés dans leur pays jusqu’à aujourd’hui.

“Ce fut une grande perte”, a déclaré Alberto Moreno, chef de la Banque interaméricaine de développement. “Cela a vraiment lancé le processus de délitement de la coordination qui commençait à exister entre les donateurs.”

Pour Moreno, qui a obtenu un siège à la commission après que la BID a promis 2 milliards de dollars d’aide à la reconstruction et d’allégement de la dette d’Haïti, les critiques contre les deux Clinton sur leur implication en Haïti sont injustes. “Je les ai vus avec beaucoup d’engagement et de dévouement honnête. Je sais qu’en Haïti, la politique est complexe”, a-t-il déclaré. En tant que président de la CIRH, Bill Clinton “a mis les gens au travail”, a ajouté Moreno.

La promesse de «reconstruire en mieux»

Le tremblement de terre a été une catastrophe aux proportions colossales. Tous les ministères, sauf un, ont été détruits, 17% des membres de la fonction publique ont été tués et des millions de gens se sont retrouvés sans-abri ou blessés, en plus des 300 000 morts.

Mais l’aide pour fournir aux haïtiens un abri, de l’eau et d’autres services de base a été chaotique et dispersée, et les donateurs ont tardé à honorer leurs engagements.

Le problème le plus complexe, et de loin, a été le manque de logements permanents pour reloger les 1,5 million de sans-abri. Dans un pays où la propriété de la terre reste un sujet sensible et controversé, c’est la problème que Clinton a essayé de résoudre, en vain.

“Je pensais que l’une des meilleures choses que nous pourrions faire en Haïti serait de construire une industrie du logement”, a déclaré Clinton, qui a fait la promotion d’une exposition de prototypes de logements qui était la clé de voûte de sa vision de “reconstruire en mieux” mais qui a battu de l’aile faute d’avoir reçu le soutien des donateurs ou du gouvernement haïtien. “Ce que je voulais faire, c’était développer des logements sanitaires éco-énergétiques, économes en eau et à coûts variés, allant de petites maisons, vous savez, de petites maisons de 2 000 $, jusqu’à des maisons assez confortables à environ 30 000 $.“

Certains ont considéré que le refus de Préval de laisser des étrangers prendre des décisions relatives à des expropriation de terres pour construire des maisons pour les victimes du séisme était le problème. Pour Leslie Voltaire qui était en charge des questions de logement au début des efforts de reconstruction, il s’agissait d’un problème constitutionnel. “On ne peut pas donner des terres à n’importe qui. Vous pouvez faire un don, mais en faisant don du terrain, [le bénéficiaire] ne peut pas le vendre”, dit Voltaire.

Clinton dit ne pas regretter la campagne axée sur l’idée de “reconstruire mieux”, mais il regrette “que le système politique n’ait pas embarqué dans la dynamique de création de toutes ces nouvelles entreprises et de tous ces nouveaux emplois qui auraient accompagnés la construction de maisons.

“Je crois toujours que si vous voulez construire une société moderne, vous devez avoir un système de titrage foncier”, a-t-il déclaré. “Si j’avais su que cela allait se révéler si difficile, et le nombre de personnes qui allaient chercher à bénéficier des avantages des projets de construction, alors qu’elles n’y étaient pour rien, j’aurais peut-être dépensé mon énergie ailleurs, ou plutôt, dans un autre pays.”

La pression pour des élections

Alors que Clinton essayait de pousser les donateurs à respecter leurs engagements, son épouse et d’autres membres de la communauté internationale pressaient Haïti à organiser des élections législatives et présidentielles en plein milieu des efforts de reconstruction et d’une épidémie meurtrière de choléra introduite par des soldats népalais de la mission de maintien de la paix des Nations Unies.

Pour de nombreux Haïtiens, Clinton est rapidement passé du statut de héros qui a restauré la démocratie à celui d’accusé, aux côtés de son épouse, d’avoir manipulé l’élection présidentielle contestée de 2010 qui par laquelle Martelly accède au pouvoir en Haïti.

“Je dois dire qu’à l’époque je n’avais pas une idée claire sur quel était le meilleur choix entre Martelly et Mme Manigat”, a déclaré Clinton, se référant au second tour entre Martelly et l’ancienne première dame Mirlande Manigat, tout en ajoutant qu’il n’avait pas de candidat.

En ce qui à trait au fait que les États-Unis auraient pressés les autorités haïtiennes à organiser les élections selon la constitution du pays, Clinton a eu à dire: «je laisse aux autres le fait de déterminer si nous aurions dû [avoir des élections]. C’est très difficile, si vous êtes à l’extérieur du pays de dire: «Et bien, ce n’est pas grave pour vous de ne pas avoir d’élection [en ce moment] parce que nous savons que c’est le le désordre.»

L’ambassadeur americain Kenneth Merten et l’ancien président Bill Clinton partage une conversation avant la prestation de serment de Michel Martelly en 2011.
L’ambassadeur americain Kenneth Merten et l’ancien président Bill Clinton partage une conversation avant la prestation de serment de Michel Martelly en 2011. CARL JUSTE MIAMI HERALD STAFF

Après le tremblement de terre, de nombreux Haïtiens étaient devenus frustrés par le président Préval, qui était souvent lent à prendre des décisions et était, comme d’autres politiciens haïtiens, mal à l’aise avec le pouvoir et les prérogatives de la commission de reconstruction.

L’incapacité de Préval à agir de manière décisive et son hésitation concernant le transfert à la commission contrôlée par Clinton de certains pouvoirs gouvernementaux tels que l’expropriation de terres pour des projets de reconstruction ont peut-être freiné l’enthousiasme de la communauté internationale et entravé certains efforts de reconstruction.

Préval a toujours pensé que son refus de donner à la commission le pouvoir de faire valoir des titres fonciers lui avait coûté le soutien des États-Unis. D’autres estiment que c’est son incapacité à faire face à la crise liée au séisme et aux défis de la reconstruction qui ont condamné son poulain désigné.

“Je pense que si le président Préval avait utilisé le pouvoir que le Parlement haïtien lui avait donné, essentiellement pour faire tout ce qu’il voulait faire tant qu’il ne violait pas la constitution ... Je pense qu’il aurait trouvé une oreille plus disposée à permettre un calendrier différent”, a déclaré Clinton, se référant aux réticences de Préval d’organiser les élections et son refus d’exproprier des terres.

Le séisme s’est produit lors d’une année électorale retardant ainsi les élections legislatives et mettant en doute la possibilité d’organiser le scrutin présidentiel. Lorsqu’elle a finalement lieu au mois de novembre, l’élection tourne à la crise politique quand Martelly, Manigat et d’autres candidats dénoncent un mouvement de fraude avant même la fermeture des bureaux de vote.

L’organisation des États Américains est appelée à jouer un rôle d’arbitrage et Hillary Clinton s’envole personnellement pour Haïti afin de contraindre Préval à accepter la recommandation de l’OEA de retirer son candidat, Jude Célestin, du second tour et de le remplacer avec Martelly, une chanteur populaire.

La recommandation de l’OEA, fondée sur un échantillon de bulletins de vote du premiers tour, préconisait que Manigat et Martelly — et non Célestin — soient qualifiés pour le second tour. Mais une analyse indépendante des bulletins de vote du premier tour par le Center for Economic and Policy Research a conclu que l’échantillon de l’OEA n’était pas représentatif et a recommandé la reprise complète du premier tour de l’élection. Les États-Unis et d’autres ont rejeté cette proposition.

“Le scandale n’est pas que les Clinton aient volé de l’argent, c’est qu’ils ont joué un rôle démesuré dans la détermination de la voie à suivre pour Haïti après les élections — et que cette voie a été pavée d’échecs”, a déclaré Jake Johnston, chercheur principal au Center for Economic and Policy Research, basé à Washington, dont le blog Relief and Reconstruction Watch a retracé les efforts de secours en Haïti après le tremblement de terre.

“Après le tremblement de terre, la priorité était la stabilité - comme cela a été la priorité des acteurs internationaux pendant des décennies. Mais Haïti n’avait pas autant besoin de stabilité que de changement”, a déclaré Johnston. “Changement par rapport aux vieilles habitudes de l’aide internationale, changement par rapport aux vieilles politiques,, changement par rapport aux vieux modèles de développement obsolètes, changement par rapport aux inégalités massives qui régulièrement érodaient la démocratie dans le pays.”

Bien qu’élu président à deux reprises, Clinton a déclaré n’avoir jamais conseillé sa femme sur son rôle en tant que secrétaire d’État - et qu’elle ne l’avait pas non plus conseillé sur son rôle à la commission.

“Nous avions des rôles très différents”, a-t-il déclaré. “Je sais que cela pourrait être difficile à croire pour les gens, mais elle ne m’a pas conseillé sur mon travail à l’ONU. Je veux dire, une fois que vous acceptez ces fonctions, vous devez les faire comme bon vous semble. Et en fonction de ce que vous pensez que vous devez faire.“

Hillary, a-t-il dit, a fait de son mieux à l’époque, Clinton soulignant qu’elle avait un Congrès républicain qui n’était pas favorable à Haïti. Contrairement à une nation comme le Brésil, qui a été la première à verser une contribution au Fonds de reconstruction de la Banque mondiale, le Congrès américain “s’attendait à ce que les États-Unis obtiennent et contrôlent directement leur argent”.

“C’est ce qu’ils ont fait. Mais ce n’était pas tellement Hillary”, a déclaré Clinton. “Je pense qu’Hillary a fait autant qu’elle le pouvait, étant donné la pression qu’elle subissait, de la part de personnes qui n’étaient pas sympathiques à la cause.”



Si c’était à refaire, je le referais

Pour sa part, Clinton a déclaré que son souhait pour Haïti était le même aujourd’hui qu’il l’était en 1994 lorsqu’il a remis Aristide au pouvoir mais que le Congrès américain ne lui avait pas donné de fonds de développement afin d’aider à consolider le pays et qu’il n’avait pas pu faire davantage que de garder le corps de génie de l’armée américaine sur place pendant un an. «Je voudrais qu’Haïti soit une démocratie», a-t-il dit.

“Il y a une bonté et une énergie fondamentales chez les gens et un potentiel presque illimité. Et ils ont été manipulés pendant 200 ans par des étrangers, puis par leurs propres dirigeants qui ont très souvent utilisé le pouvoir politique de la même façon que les étrangers.

“Et je ne pense pas que ce pays réalisera son plein potentiel tant qu’il n’aura pas mis en place des systèmes qui rassemblent tout le monde et permettent de prendre les bonnes décisions de manière ouverte et honnête”, a-t-il ajouté. “Mais si c’était à refaire, je le referais.”

Cet article a été traduit par Jean Cyril Pressoir.

Cet article fait partie de la série “Tremblement de Terre en Haïti: Une décennie de repliques”, un project du Miami Herald rendu possible par une contribution du Pultizer Center on Crisis Reporting.



Jacqueline Charles
Miami Herald
Jacqueline Charles has reported on Haiti and the English-speaking Caribbean for the Miami Herald for over a decade. A Pulitzer Prize finalist for her coverage of the 2010 Haiti earthquake, she was awarded a 2018 Maria Moors Cabot Prize — the most prestigious award for coverage of the Americas.
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