Haiti

COVID-19, une cause de stigmatisation, fait des ravages dans la communauté haïtienne

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Fritzner Fabre, un aide-soignant qui s’occupait de patients atteints de coronavirus, a passé ses derniers jours enfermé dans un petit appartement délabré au nord de Miami-Dade, à tousser et à respirer avec difficulté. Il avait 41 ans lorsqu’il est décédé à l’hôpital.

Pierre Martin, architecte, et lui aussi résident de Miami, souffrait de diabète et de troubles cardiaques. Croyant qu’il avait simplement attrapé un rhume, M. Martin a refusé d’aller à l’hôpital jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il avait 69 ans lorsque le COVID-19 l’a tué.

Il y a eu ensuite le pasteur Marcel Métayer, qui a gardé ouverte son église baptiste de Fort Lauderdale comme un havre spirituel pour la communauté haïtienne-américaine locale, alors même que le coronavirus explosait durant l’été. Quand les fidèles ont remarqué que le pasteur de 63 ans haletait pendant ses sermons, il a lui, mis sa respiration laborieuse sur le compte d’avoir été trempé par la pluie.

Métayer avait en fait contracté le COVID-19 et a été finalement admis au Florida Medical Center de Fort Lauderdale. Il y est décédé le 28 juillet. Quelques heures plus tard, l’un de ses pasteurs adjoints, Féquière Espérant, 65 ans, est également mort de la maladie dans le même hôpital.

Ces décès, cas tirés de plus d’une centaine officiellement documentés, soulignent une réalité troublante: le très contagieux coronavirus ravage discrètement la communauté haïtienne-américaine du sud de la Floride. Et il y a des facteurs culturels complexes qui font du COVID-19 un défi particulier à relever - et parfois même à discuter - pour de nombreux Haïtiens.

“La stigmatisation est énorme”, selon le Dr Sidney Coupet qui dirige un groupe de travail sur la santé publique au sein de la Coalition haïtienne américaine du sud de la Floride qui a été créée pour améliorer la sensibilisation, les tests et les services pendant la pandémie. “Il y a une patiente que j’ai traitée à l’hôpital ... Elle a été renvoyée. Elle a gagné sa bataille contre le COVID mais la façon dont elle me parlait, c’était comme si elle était gênée. Les gens ont peur que leur famille et leurs amis ne reviennent jamais leur rendre visite”.

Dr Sidney Coupet dirige un groupe de travail sur la santé publique au sein de la Coalition haïtienne américaine du sud de la Floride qui a été créée pour améliorer la sensibilisation, les tests et les services pendant la pandémie.
Dr Sidney Coupet dirige un groupe de travail sur la santé publique au sein de la Coalition haïtienne américaine du sud de la Floride qui a été créée pour améliorer la sensibilisation, les tests et les services pendant la pandémie. Emily Michot emichot@miamiherald.com

L’ampleur exacte de la façon dont le virus affecte les Américains-Haïtiens du sud de la Floride est difficile à évaluer car les chiffres de la santé de l’État ne prennent pas en compte pas les infections par groupes ethniques spécifiques autres que les Hispaniques. Néanmoins, une statistique suggère un impact disproportionné: les décès.

Suite aux efforts du commissaire du comté de Miami-Dade, Jean Monestime — le seul Américain-Haïtien membre de la commission — et d’autres dirigeants de la communauté haïtienne, plus tôt cette année, pour obtenir davantage de détails sur les victimes du COVID-19, les médecins légistes de Miami-Dade ont commencé à ajouter “Haïtien” lorsque l’origine d’une personne décédée pouvait être retracée à l’aide d’informations recueillies auprès des familles, des hôpitaux et, surtout, des salons funéraires qui soumettent des détails biographiques à l’État pour les certificats de décès.

Ces chiffres portent à réfléchir. Plus de cinq pour cent des victimes du COVID-19 du comté étaient des Américains-Haïtiens, un groupe qui représente environ quatre pour cent de la population du comté. En tout, au moins 105 des plus de 2000 décès à Miami-Dade à la fin du mois d’août étaient des membres de la communauté haïtienne — et des experts estiment que ce décompte est probablement grandement sous-évalué car il n’a pas été possible de retracer de manière concluante l’origine de nombreuses victimes. D’ailleurs, la première victime documentée du COVID-19 à Miami-Dade était une Haïtienne de 94 ans, Dieumene Etienne, dont la famille n’a pas pu être contactée.

Les données manquantes sur l’origine ethnique et les hospitalisations masquent l’impact réel de la pandémie, d’après Nancy Krieger, épidémiologiste sociale T.H. Chan School of Public Health de l’Université Harvard. “Il n’est pas possible de discerner, avec une précision, si les Haïtiens sont touchés de manière disproportionnée - et cela en soi est un problème”, a-t-elle déclaré.

Contrairement à Miami-Dade, le bureau du médecin légiste du comté de Broward n’identifie pas l’origine ethnique des morts, mais les dirigeants de la communauté estiment que le bilan pour les Haïtiens y a probablement été similaire.

“Cela a eu un plus grand impact sur la communauté haïtienne plus que les gens ne le pensent”, a déclaré Pauline Louis-Magiste, présidente de l’Association des infirmières haïtiennes américaines de Floride. “Malheureusement, la collecte de données ne vous donne pas vraiment de chiffres statistiques sur l’impact pour les Américains-Haïtiens.”

Un point est clair néanmoins: plus de six mois après le début de la pandémie, les minorités ont supporté le poids du nouveau coronavirus, souffrant et mourant à des taux disproportionnés que les Blancs. Le Center for Disease Control des États-Unis déclarent que “la santé systémique et les inégalités sociales de longue date ont exposé de nombreuses personnes appartenant à des minorités raciales et ethniques à un risque accru de tomber malade et de mourir du COVID-19”.

À Miami-Dade, les Noirs sont décédés en nombre disproportionné —19% des décès dus au COVID-19 pour un groupe qui représente 17,7% de la population du comté. Les Noirs ont également été hospitalisés à un niveau supérieur.

Comme d’autres groupes ethniques, les Américains Haïtiens souffrent de manière disproportionnée de conditions sous-jacentes telles que le diabète, l’hypertension et l’obésité, ont moins accès aux soins de santé et ont souvent des emplois qui les exposent davantage. Des infirmières aux aides-soignants et aux infirmiers, les Américains d’origine haïtienne représentent également une part importante des travailleurs de la santé du sud de la Floride qui sont les plus à risque de contracter le nouveau coronavirus.

Et au-delà des conditions médicales, les dirigeants communautaires affirment que les barrières linguistiques, la confiance dans les remèdes à base de plantes par rapport aux médicaments classiques, ainsi que la discrimination et la stigmatisation historiques résultant de l’épidémie de VIH/SIDA, rendent la communauté encore plus vulnérable au COVID-19.

Certains Haïtiens ont du mal à accepter le COVID-19, a déclaré Louis Herns Marcellin, anthropologue socioculturel de l’Université de Miami et directeur du programme Global Health Studies.

“Ils parleront de fièvre”, selon Marcellin. “Ils en parlent dans des termes qui ne sont pas nécessairement des termes de santé publique que nous pouvons comprendre ... que nous pouvons utiliser ou rationaliser pour générer des interventions ou empêcher certains comportements.”

Efforts de sensibilisation

Dès le début de la pandémie mortelle, les dirigeants communautaires et certains élus locaux ont reconnu que la sensibilisation au coronavirus chez les Américains-Haïtiens présenterait des défis. Les Haïtiens de Floride, tout comme leurs amis et parents en Haïti, ne comprenaient pas le virus, ne croyaient pas pleinement à sa science et étaient réticents à accepter de modifier des comportements profondément ancrés dans la culture haïtienne—comme se saluer par un baiser.

Dès le début, le Dr Coupet, président du groupe de travail sur la santé, s’est joint à d’autres médecins, infirmiers et infirmières haïtiens-américains de premier plan pour créer le groupe de travail, au sein de la coalition, un groupe d’environ 20 organisations communautaires. En cours de route, ils ont enregistré des annonces en créole haïtien, parlé lors d’évènements en direct sur Facebook et ont appelé les chefs religieux à aborder avec leurs fidèles les questions relatives aux mesures de sécurité, dans l’espoir de les mobiliser compte tenu de la foi et de l’éthique de travail de la communauté.

“Quand tout le monde pratiquait la distanciation sociale, ils travaillaient toujours comme chauffeurs de taxi, femmes de ménage, ceux qui sont payés en espèces pour différents types de travail”, a déclaré le Dr Coupet. “Et je le sais intimement parce que je prends soin de ces gens”.

Le commissaire du comté, Monestime, a déclaré qu’il avait réussi à convaincre le bureau du maire à inclure des traducteurs créoles lors des conférences de presse et à a aidé à créer, avec le représentant de l’État Floride Dotie Joseph, un centre de test sans rendez-vous à l’église catholique Holy Family de North Miami.

“Ils ont fait de petits pas, mais je ne pense pas qu’ils en aient fait assez”, a déclaré Monestime à propos des efforts du comté. “C’est un problème qui a été abordé avec le comté, à maintes reprises, mais ils ont fermé les yeux sur la sensibilisation”.

Le bureau de Carlos Gimenez, le maire de Miami-Dade, a déclaré que le comté avait inclus des versions créoles de chaque message, vidéo et communiqué de presse, et avait des voix off pour chaque conférence de presse sur le COVID-19 faite par le maire. Les agents de sensibilisation, connus sous le nom d’équipe SURGE, ont également distribué des dépliants en créole dans les lieux très fréquentés.

Selon le comté, 188 427 dollars —soit 22% de l’argent dépensé pour la sensibilisation —ont été dépensés en matériels en créole haïtien, pour acheter des spots radio, produire des panneaux d’affichage, des affiches et des publicités dans les journaux et numériques. Le comté prévoit également de publier prochainement une série d’annonces de service public avec le personnel médical de couleur de Miami.

“C’est une reconnaissance qu’il s’agit d’un groupe à haut risque”, a déclaré Myriam Marquez, porte-parole du maire.

Pourtant, des dirigeants haïtiens-américains considèrent que Miami-Dade ou Broward et le bureau du gouverneur n’ont pas fait assez pour toucher une population qui dépend fortement de la radio en langue créole pour l’information, et non des réseaux sociaux ou de YouTube.

“Le défi est de savoir comment communiquer avec des personnes si difficiles à atteindre”? a déclaré Leonie Hermantin, coprésidente du groupe de travail sur les services sociaux de la coalition. “Nous avons essayé de parler au bureau de communication du comté... Ils nous ont envoyés sur une chaîne YouTube. C’est ce qu’ils ont fait. Un jour, nous avons lancé une conférence de presse en demandant: “Kote Kreyòl? Kote Kreyòl? — Où est le créole? Où est le créole. Encore une fois, ils nous ont référés à une chaîne YouTube.”

Le vice-maire de North Miami, Alix Desulme, dont la ville est majoritairement haïtienne-américaine, a écrit une lettre en mars au gouverneur de Floride, Ron DeSantis, plaidant pour que davantage de mesures soient prises pour communiquer sur les mesures à prendre en créole. Il dit n’avoir reçu aucune réponse concernant ses inquiétudes quant au fait que peu de sensibilisation a été menée à travers l’État.

“Nous avons dépensé de l’argent à la radio”, a déclaré Desulme. “En tant que ville, je pense que nous avons fait de notre mieux, n’ayant pas beaucoup de ressources, mais en termes de rayonnement général, cela n’a pas été le cas”.

Fred Beliard, propriétaire d’Island TV, une chaîne d’information câblée qui diffuse des informations en créole, a déclaré qu’il n’avait pas reçu de fonds du comté pour des publicités. Les quelques spots sur le COVID-19 qui ont été diffusés pendant le Mois du patrimoine haïtien, entre le 4 et le 31 mai, ont été diffusés gratuitement.

“Nous avons essayé, mais nous en avons eu très peu”, a déclaré Beliard. “Le comté n’a pas payé pour les annonces COVID-19. Ils n’ont payé que pour le recensement”.

Cette semaine, après les enquêtes du Miami Herald, le comté a informé Beliard qu’il avait approuvé la proposition d’Island TV sur le COVID-19 et achèterait 7500$ de temps d’antenne pour une campagne COVID-19 de 30 jours sur la station.

Dans le comté de Broward, le maire Dale Holness a reconnu que son administration n’avait pas mené de campagne spécifique pour cibler la communauté haïtienne croissante du comté. Mais il a dit qu’il avait fait de nombreuses interviews sur les radios haïtiennes et caribéennes.

“Je ne sais pas si nous en avons fait assez, mais je crois que la portée est là”, a déclaré Holness. “Les gens reçoivent les informations dont nous disposons sur ce qui se passe.”

Les morts

Dans les deux comtés, les listes des médecins légistes révèlent un large échantillon des Américains Haïtiens décédés. Comme dans tous les groupes ethniques, les personnes âgées haïtiennes ont été particulièrement touchées.

Marcel Pierre-Charles Senatus avait 80 ans et est l’un des 25 patients décédés après avoir contracté la maladie à la Claridge House Nursing & Rehabilitation à North Miami-Dade. Le 18 avril, des membres du personnel ont appelé sa femme pour lui dire qu’il était transféré à l’hôpital Jackson North.

«La maison de retraite n’a jamais dit ce qu’il avait. Ils ont juste dit qu’il avait une forte fièvre”, a déclaré sa fille, Sabine Senatus. “Ils ne pouvaient pas faire tomber la fièvre et ils ont dû le renvoyer. Et ensuite, le 20, il est décédé. Il était sous respirateur et ils ont dit qu’il avait eu une crise cardiaque pendant la nuit.”

Dans une culture où honorer les morts est très important, ses funérailles ont été virtuelles — la plupart des membres de sa nombreuse famille ont été contraints d’y assister à travers leurs ordinateurs portables.

Sa famille n’a jamais pu comprendre comment Pierre Martin, l’architecte de 69 ans décédé au North Shore Medical Center, a attrapé le virus.
Sa famille n’a jamais pu comprendre comment Pierre Martin, l’architecte de 69 ans décédé au North Shore Medical Center, a attrapé le virus. - Photo de famille

Sa famille n’a jamais pu comprendre comment Pierre Martin, l’architecte de 69 ans décédé au North Shore Medical Center, a attrapé le virus. “Il est resté en grande partie à la maison, bien qu’il ait fait quelques courses à Costco”, a déclaré sa femme, Guyrlda Martin.

“Ils doivent être prudents. Ils doivent être prudents“, a déclaré Guyrlda Martin à propos de ses compatriotes Haïtiens-Américains. “Ce n’est pas un jeu. C’est sérieux.”

Fritzner Fabre, lui, était beaucoup plus jeune — il avait été rappeur en Haïti dans un groupe appelé Majik Clik. À Miami, il a ensuite travaillé dans l’anonymat en tant qu’assistant de soins de santé et a eu de “nombreux contacts” avec des personnes diagnostiquées ayant le COVID-19, selon un rapport du médecin légiste de Miami-Dade. Comme autres facteurs majeurs de sa mort: des maladies “mal contrôlées”, dont la tuberculose.

Un voisin a rappelé que dans les semaines précédant sa mort, on pouvait entendre M. Fabre pouvait être entendu tousser et respirer avec difficulté. «Voisin, je suis malade. Je n’ai personne qui puisse me préparer de la soupe », lui disait Fabre à travers la porte.

Le voisin lui apportait souvent de la soupe, la laissant sur le pas de sa porte. Finalement, le 18 mai, un ami a conduit Fabre à l’hôpital Jackson Memorial. Il est décédé le 30 mai après être entré en état de choc septique.

L’infirmière praticienne Julie St. Preux, 43 ans, est décédée des complications du COVID-19.

Sa famille a déclaré qu’elle avait subi une chirurgie cardiaque en février, mais rétablie, avait repris son travail dans une maison de retraite à Hialeah. Sa fille a déclaré que Mme St. Preux avait été testée positive au COVID-19 après une visite à l’hôpital dans les semaines précédant sa mort — mais a ensuite affirmé qu’elle avait subi un autre test qui indiquait qu’elle était négative.

Le mari de Mme St. Preux a nié que sa femme était décédée à cause du COVID-19. Sa fille a reconnu qu’ils avaient eu un “grand enterrement”.

Evans St. Fort, qui dirige une maison funéraire à North Miami Beach, St Fort’s Funeral Home & Cremation, a déclaré qu’il est très difficile pour ses clients principalement haïtiens-américains d’accepter le COVID-19 comme cause de décès.
Evans St. Fort, qui dirige une maison funéraire à North Miami Beach, St Fort’s Funeral Home & Cremation, a déclaré qu’il est très difficile pour ses clients principalement haïtiens-américains d’accepter le COVID-19 comme cause de décès. Emily Michot emichot@miamiherald.com

Evans St. Fort, qui dirige une maison funéraire à North Miami Beach, a déclaré qu’il est très difficile pour ses clients principalement haïtiens-américains d’accepter le COVID-19 comme cause de décès. Ses affaires ont augmenté de 30% depuis le début de la pandémie au début de mars.

“Je reçois des appels téléphoniques tous les jours de familles, à tout moment, expliquant qu’elles sont tellement confuses parce que leur être cher allait bien, et tout d’un coup, elles se présentent à l’hôpital et reçoivent un diagnostic de COVID et quelques semaines plus tard, ce membre de la famille décède”, a déclaré St. Fort. “Je vois beaucoup d’individus entre 60 et 70 ans”.

Lutter contre la désinformation

Les dirigeants communautaires disent que le déni et la désinformation ont été particulièrement importants dans la communauté haïtienne-américaine du sud de la Floride.

Lorsque la pandémie a frappé, Legene Gouin de North Miami Beach a continué à travailler dans un restaurant chinois jusqu’à ce qu’il tombe malade avec une toux et une fièvre. Son patron l’a renvoyé chez lui. Même s’il est allé se faire tester pour le coronavirus, M. Gouin — qui souffrait d’hypertension et d’obésité — a continué à faire des courses, assurant à ses proches qu’il allait bien à l’exception d’un mal d’estomac.

“Nous lui avons dit d’aller à l’hôpital parce qu’il y avait cette maladie là-bas. Il a dit ‘non’ “, a déclaré la mère de ses enfants, Marie Fleurimond.

Mme Fleurimond a découvert M. Gouin, 51 ans, mort sur le canapé de sa maison de North Miami Beach le 2 juillet. Deux semaines plus tard, un laboratoire de test —ne sachant pas qu’il était mort — a appelé le téléphone portable de M. Gouin pour dire que ses résultats de test étaient prêts. Mme Fleurimond a déclaré que la représentante avait raccroché le téléphone lorsqu’elle a déclaré que il était mort.

Certains Haïtiens adhèrent à certaines théories du complot - dont beaucoup se sont répandues via Facebook et le service de messagerie WhatsApp. L’une d’entre elles voulait que les les masques aient été aspergés de poison.

La lutte contre la propagation de la désinformation a été au centre des préoccupations de Sant La, l’agence de services sociaux de Miami qui a établi la coalition et lancé une heure de radio matinale sur WSFR, une station de radio haïtienne, pendant la pandémie pour atteindre la communauté.

“Il y a un autre monde que nous ne voyons pas. C’est le monde de WhatsApp et de la désinformation qui s’y produit”, a déclaré Hermantin, qui travaille pour l’agence et suit de nombreux groupes WhatsApp, dont beaucoup sont des églises, sur son téléphone portable. “Nous nous battons pour apporter les bonnes informations et nous mettons l’accent sur le fait que les gens diffusent de la désinformation sur WhatsApp.”

L’anthropologue UM Marcellin et d’autres notent également que certains dans le sud de la Floride examinent comment Haïti, le pays lui même fait face à la pandémie - le plus souvent par le recours à des remèdes traditionnels, normalement utilisés pour la toux et la fièvre, pour prévenir ou guérir le COVID-19.

“Je suis fier de mon héritage mais nous sommes têtus en matière de médecine”, a déclaré Louis-Magiste de l’association des infirmières. “Malheureusement, le COVID n’a pas peur de vos herbes naturelles.”

Marie Etienne, une infirmière membre du groupe de travail, a été témoin de la désinformation.

Il y a quelques mois, elle travaillait bénévolement sur un site de test à Homestead lorsqu’un jeune homme d’une trentaine d’années est passé. Les membres du personnel lui ont fait signe de venir se faire tester mais il secoua la tête et refusa. Mme Etienne s’est approchée et a commencé à lui parler en créole. Surpris, l’homme a commencé à pimenter ses questions: “Voulez-vous m’implanter quelque chose dans le corps? Si je me fais tester, pourrai-je retourner en Haïti? M’injecterez-vous quelque chose”?

Il a même demandé à voir une carte de visite prouvant qu’elle était infirmière. Finalement, il a accepté le test.

“Les Haïtiens ont peur de sortir, peur d’être expulsés, peur d’être stigmatisés”, a déclaré Mme Etienne. “Nous devons démystifier tous ces mythes”.

Les églises frappent fort

Mme Etienne, Mme Louis-Magiste, M. Coupet et d’autres membres du groupe de travail COVID-19 disent que les leaders religieux ont un rôle essentiel pour partager des informations et sensibiliser, d’autant plus que les congrégations protestantes et catholiques haïtiennes-américaines commencent à être durement touchées par la maladie.

Dans l’emblématique église catholique Notre Dame D’Haiti à Little Haiti, des funérailles ont été organisées pour au moins 17 paroissiens décédés du COVID-19, selon le curé de la paroisse, le père Reginald Jean-Mary.

La mort des pasteurs du Eglise Evangelique de la Renaissance en juillet, a secoué la communauté protestante soudée de South Broward et de North Miami-Dade, ainsi que des Haïtiens qui ont entendu la nouvelle jusqu’à New York. Jusque-là, la plupart des décès dus au COVID-19 au sein la communauté haïtienne du sud de la Floride s’étaient produits en silence.

Jennifer Lovelace, membre de longue date de l’Eglise Evangelique de la Renaissance et infirmière praticienne, qui a fini par prendre soin des deux pasteurs pendant leur séjour à l’hôpital au Florida Medical Center en juillet.
Jennifer Lovelace, membre de longue date de l’Eglise Evangelique de la Renaissance et infirmière praticienne, qui a fini par prendre soin des deux pasteurs pendant leur séjour à l’hôpital au Florida Medical Center en juillet. Emily Michot emichot@miamiherald.com

Alors que de nombreuses églises ont fermé leurs portes physiques plus tôt cette année, Renaissance avait gardé les siennes ouvertes, espérant qu’exiger le port du masque, ajouter des stations de désinfectant pour les mains et limiter le nombre des fidèles permettrait d’éviter le virus. Bon nombre de ses fidèles sont des travailleurs essentiels de la santé très exposés pendant la pandémie.

“Autant qu’ils faisaient de la distanciation sociale et qu’ils portaient des masques, j’ai dit: ’Que croyez vous? Vous êtes dans une église fermée pendant des heures, c’est juste une question de temps avant que quelqu’un éternue, que quelque chose se passe et vous savez qu’une seule personne peut infecter tout le monde’ ’‘, a dit Jennifer Lovelace, membre de longue date de l’église et infirmière praticienne qui a fini par prendre soin des deux pasteurs pendant leur séjour à l’hôpital au Florida Medical Center.

Les deux pasteurs partageant le même microphone, Mme Lovelace a indiquer penser “fermement” qu’ils avaient été infectés dans l’Église.

Sur son lit d’hôpital, M. Métayer a dit à Mme Lovelace qu’il prévoyait de faire les services religieux de manière complètement virtuelle, en ligne. Il est mort avant de pouvoir le faire. La nouvelle de sa mort a inondé les réseaux sociaux des Américains-Haïtiens. L’église a depuis été fermée.

“C’est une histoire déchirante”, a déclaré Mme Lovelace. “Nous sommes tous incrédules.”



Les journalistes du Miami Herald, Rob Wile et Nicholas Nehamas, ont contribué à cet article.

This story was originally published September 4, 2020 at 10:11 AM.

Jacqueline Charles
Miami Herald
Jacqueline Charles has reported on Haiti and the English-speaking Caribbean for the Miami Herald for over a decade. A Pulitzer Prize finalist for her coverage of the 2010 Haiti earthquake, she was awarded a 2018 Maria Moors Cabot Prize — the most prestigious award for coverage of the Americas.
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